« 2012, état d’urgence » : un livre programmatique prometteur

 

Le 13 juillet dernier, lors du pot organisé par le Mouvement Démocrate en l’honneur des blogueurs démocrates, François Bayrou nous informait que les événements commenceraient à s’accélérer dès la mi-août. À l’évocation de la présidentielle, le président du MoDem nous confirmait la sortie d’un livre longuement mûri. C’est chose faite maintenant puisque 2012, état d’urgence (éditions Plon) a paru depuis le 18 août.

Sur la forme, le député des Pyrénées-Atlantiques, agrégé de lettres, démontre ses qualités littéraires (si certains en doutaient encore) car il n’est ni adepte du recours à un nègre, ni fan du plagiat. Certains hommes politiques écumant les émissions de radio en plein été, tel Jean-Louis Borloo, devraient en prendre de la graine au lieu de reprendre bêtement le mardi ce que François Bayrou dit le lundi matin chez Jean-Jacques Bourdin. Les Français ne sont pas dupes et s’apercevront aisément que la copie n’égalera jamais l’original.

N’étant pas un homme binaire, François Bayrou alterne rythmes ternaires et accumulatifs pour étayer sa pensée, pour convaincre le lecteur, pour séduire le citoyen indécis… Fidèle au devoir de vérité qu’il assène depuis des années pendant que d’autres, pour appâter le chaland, misent sur la surenchère et des promesses qu’ils (ou elles) ne tiendront jamais, l’auteur prône la confiance, tutoie quelques fois le lecteur pour mieux l’impliquer et use de citations et références récentes (rapport Crise et croissance, une stratégie pour la France paru en juin 2011, sondage Infratest-Dimap du 8 juillet 2011…).

2012, état d’urgence n’est pas rédigé dans un style pamphlétaire comme l’était Abus de pouvoir (éditions Plon) car il s’agit de faire un constat de la France d’aujourd’hui mais aussi d’amorcer les solutions pour sortir de ce déclin annoncé. Il n’en demeure pas moins que François Bayrou revient brièvement mais suffisamment sur les raisons de son opposition à Nicolas Sarkozy (« tout ce que j’aimais, il le méprisait ; tout ce que je trouvais secondaire et vain, il l’adorait »).

Instruire et produire, deux urgences de la France

Sur le fond, si Sully considérait que « labourage et pâturage étaient les deux mamelles de la France », le président du MoDem estime que, dans les années 2010, produire et instruire sont les deux urgences de la France.

En 2007, François Bayrou portait le thème de la dette publique qui pèse sur les Français et les générations futures. En 2011, le sujet est encore plus d’actualité puisque le déficit annuel, du fait de la crise mais pas que de cela, a crû de 270 % entre 2007 et 2010 pour atteindre 148 milliards d’euros. Cette dégradation rampante des finances publiques pourrait avoir un corollaire plus néfaste que l’on imagine. Dans l’hypothèse d’une hausse des taux d’intérêts exigée par les prêteurs (dont 65 % sont des non-résidents fiscaux), l’Etat se retrouvera exsangue. De fait, il faut retrouver des équilibres financiers mais également une « capacité de créer des ressources nouvelles, de fabriquer, de vendre, d’inventer, de monter, de chercher. »

L’exemple pris est celui de l’Allemagne qui en 2003 était assimilée à « l’homme malade de l’Europe » et qui a su, en moins de cinq ans, grâce à la volonté de Gerhard Schröder puis d’Angela Merkel, remonter la pente par un rééquilibrage des finances publiques. Les charges sociales pesant sur le travail ont été allégées mais la compensation s’est faite par une augmentation de la TVA.

D’après François Bayrou, la France doit s’ouvrir vers le monde car les économies fermées n’ont jamais été probantes (URSS, Corée du Nord…). Par conséquent, la vision keynésienne consistant à soutenir la demande plutôt que l’offre est un leurre, en dehors d’une économie fermée.

De plus, l’État ne doit pas être trop dirigiste mais il doit « inciter », le dialogue social doit être rétabli afin de réinstaurer une confiance entre les entrepreneurs et les salariés… En substance, il faut de l’audace car pourquoi continuer sur la voie de l’échec alors que nous pourrions tenter de nouvelles expériences ?
Le député béarnais n’est pas avare de propositions pour répondre à ces exigences (contrat de travail unique, déplacement des charges sociales vers la CSG plutôt que la TVA, stabilisation du droit fiscal pour ne pas complexifier le système pour les PME…)

Enfin, le second thème fétiche du président du MoDem est l’école. En qualité d’ancien Ministre de l’Éducation nationale et de professeur agrégé de lettres, le leader centriste fait un plaidoyer de l’instruction qui est devenue une urgence : professeurs méprisés, élèves abandonnés et parents perdus ne sont pas occultés.
À cette fin, les moyens doivent être maintenus, ceci n’étant pas contradictoire avec le rééquilibrage des finances publiques car le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux ne représente qu’une économie substantielle. De même, il doit être mis fin à l’infantilisation de l’élève car un enfant autonome deviendra un citoyen autonome et éclairé. Parmi les propositions, le lecteur dénombrera la réorganisation du temps scolaire pour laisser place au développement artistique et à la créativité, la scolarité de rattrapage adaptée, la « rescolarisation » des élèves en perdition…

Et le reste ?

Même si cet ouvrage aborde essentiellement les thèmes de la production et de l’éducation, il n’en demeure pas moins que les autres sujets seront traités en temps nécessaires (« Par choix stratégique, j’ai concentré ma réflexion sur ces deux sujets car c’est de là que tout recommencera. Tout le reste, nous le traiterons, en temps et en lieu ») même s’il est déjà fait référence aux aspects sociaux et environnementaux.

Finalement, pour qu’un programme aussi ambitieux puisse poindre un jour, il faudra que les clivages gauche / droite cessent car ils sont générateurs de démagogie. Seule une « majorité centrale » regroupant le centre, le centre-droit et le centre-gauche peut le faire car l’esprit partisan est un opposant du courage. Cette majorité doit cependant se faire sans les plus « durs » et les plus « radicaux » mais la représentativité doit être assurée par l’instauration d’une dose de proportionnelle. Dans son concept démocratique, François Bayrou considère que le président de la République doit être le « garant de la loyauté de la démocratie », un « bloc d’indépendance à l’égard de tous les lobbies », une « digue contre les scandales de toute nature. » Un concept doit refaire surface : « la séparation de la puissance économique et financière et du pouvoir démocratique. »

Pour ceux qui auraient été séduits par cette brève analyse de 2012, état d’urgence, je les invite à l’acquérir et pour ceux qui sont encore dubitatifs, ils peuvent lire les premières pages ici.

(Image : bandeau du livre)

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Une réponse à « 2012, état d’urgence » : un livre programmatique prometteur

  1. Marie-Anne Kraft dit :

    Merci Pierre pour cette enthousiasmante introduction nous invitant à lire le livre.
    Vous êtes éligible au concours des meilleurs résumés du livre !

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